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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste Il est publié trois fois par an. Abonnement : 10 € / an. Chaque numéro aborde des sujets théoriques et des thèmes d'actualité. Pour vous abonner : écrivez-nous à l'adresse suivante : gauche.communiste@yahoo.fr Retour à la page d'accueil d'Approches Marxistes Recherche par auteurs Classiques Numéro 1 (début 2004) Spécial congrès Numéro 2 (mi 2004) Sortir de l'Europe de Maastricht Numéro 3 (fin 2004) Où va le PCF ? Numéro 4 (début 2005) L'incontournable marxisme de Marx Numéro 5 (mi 2005) Le stalinisme du PCF Numéro 6 (fin 2005) Quelles sont les conditions du vrai changement ? Numéro 7 (début 2006) Réforme ou révolution ? Numéro 8 (mi 2006) Etat et stratégie Numéro 9 (fin 2006) Le PS, gérant loyal du capitalisme Numéro 10 (début 2007) Les présidentielles et nous ! |
Socialistes et communistes français au 20e siècle Caroline ANDREANI Une
des hypothèses de travail de l’équipe de Robert Hue
était de réaliser un « congrès de Tours
à l’envers ». L’équipe qui a
pris la succession n’évoque plus ce scénario, qui
n’a pas suscité plus
d’enthousiasme chez les militants communistes que chez les
socialistes. L’histoire du mouvement ouvrier français au 20e siècle
montre que communistes et socialistes ont été de véritables frères ennemis. Ils
n’ont pas seulement été divisés sur des questions théoriques, mais également
sur des pratiques politiques à l’opposé. Des socialistes divisés À l’approche de la Première guerre mondiale, le dirigeants
socialistes français sont divisés. Leur unification au sein d’un même parti, la
Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO, II° Internationale),
date de 1905. Elle ne s’est pas faite sans mal, grâce à la pression des
dirigeants étrangers qui ont contraints les principaux dirigeants français,
Jules Guesde et Jean Jaurès, à s’organiser dans un seul et même parti. Le Parti
socialiste de ces premières années ressemble à une auberge espagnole. Il
regroupe des marxistes, sous l’obédience de Jules Guesde, des socialistes
modérés et parlementaristes, dont Jean Jaurès est la figure de proue, et des
anarchistes qui ont adhéré en masse à la CGT où ils animent la tendance du
syndicalisme révolutionnaire. Au congrès de Toulouse de 1908, Jean Jaurès s’impose comme
l’homme fort de la SFIO en faisant adopter une motion qui fait la synthèse des
différents courants. Il supplante ainsi Jules Guesde et le courant marxiste et
la SFIO devient une machine électorale. Aux élections de 1910, le parti obtient
plus d’un million de voix et 76 élus à l’Assemblée ; en avril-mai 1914,
nouveau bond électoral : avec 1,4 millions de votes, la SFIO a 103
députés.
En 1914, la SFIO tient son congrès. Sa position est définie
par la motion Keir Hardie-Vaillant qui préconise la « grève générale
ouvrière, simultanément et internationalement organisée dans les pays
intéressés ». Mais la SFIO, empêtrée dans ses divisions et loin
d’avoir une analyse claire de la situation, n’œuvre pas à un front commun
contre la guerre. Mieux, à la demande de Jean Jaurès, fin juillet 1914, la CGT
repousse son appel à une manifestation commune avec la SFIO contre la guerre.
Ce dernier est assassiné le 31 juillet. Le 3 août, la guerre est déclenchée. La
SFIO rejoint immédiatement le gouvernement d’Union sacrée. Congrès de Tours : majoritaires et minoritaires Durant la guerre, les socialistes participent au
gouvernement d’Union sacrée. Alors qu’à la CGT, à partir de 1916, une partie
des syndicalistes critique la guerre et les politiques anti-sociales qui en
découlent, les responsables politiques socialistes ne paraissent pas prendre
conscience de la situation. Ainsi, Jules Guesde, membre du gouvernement depuis
la déclaration de guerre, y reste-t-il durant tout le conflit. La révolution
d’Octobre va provoquer une division durable des socialistes français, entre
réformistes d’un côté qui restent attachés à la II° Internationale,
et révolutionnaires, très largement majoritaires au
congrès de Tours en
décembre 1920, qui choisissent d’adhérer à
la III° Internationale créée à
l’initiative des bolcheviks. Durant le congrès, la II° Internationale
est durement critiquée les révolutionnaires lui reprochent de n’avoir pas
su arrêter la guerre et mettent en cause ses dirigeants ont, au contraire,
abandonné leurs idéaux antimilitaristes pour participer à des gouvernements
bellicistes. De ce congrès naît une division politique durable. Certes, elle
existait dès le congrès de la SFIO de 1905 la réunification n’avait pas
réellement gommé les divergences entre réformistes et marxistes. Entre-deux-guerres : des rapports conflictuels L’entre-deux-guerres
est une période où ces oppositions vont
s’aviver et malgré l’épisode du Front
Populaire, dégénérer en conflit ouvert à
la veille de la Deuxième guerre mondiale. Que
les réformistes n’aient pas vu la création de la
Troisième Internationale et l’apparition d’un
nouveau venu sur le terrain
politique, la SFIC (Section française de l’Internationale
communiste), d’un bon
œil n’a rien de très étonnant. Après
des débuts « fracassants » dus
au prestige de l’expérience bolchevique, le Parti
communiste perd du terrain
dans les années 20 en nombre d’adhérents comme en
influence électorale.
L’arrivée au poste de secrétaire
général de Maurice Thorez en 1927 modifie la
situation. La nouvelle stratégie politique impulsée sort
de Parti communiste du
reflux et va lui permettre de s’imposer comme le parti de la
classe ouvrière.
On brocarde souvent la stratégie « classe contre
classe » pour
l’opposer à la stratégie de Front Populaire.
C’est oublier que la stratégie
« classe contre classe » répondait
à la nécessité de construire un
appareil politique et militant, de se démarquer des
réformistes de la SFIO, et
enfin, d’imposer le Parti communiste comme un acteur majeur de la
vie politique
française. Cette stratégie, qualifiée par les uns de sectaire, a en
tout cas permis au Parti communiste de devenir le parti de défense de la classe
ouvrière dans les années 20. Pendant ce temps, la SFIO s’adonnait aux joies du
parlementarisme, devenant un parti d’élus et de personnalités politiques. Dès
cette époque, la SFIO a développé un anti-communisme viscéral qui s’explique
pleinement puisqu’elle se trouvait directement concurrencée sur « ses
terres » par le nouveau venu et que ses dirigeants
« traînaient » leur engagement belliciste alors que les communistes
bénéficiaient de l’auréole de la nouvelle révolution. Des intellectuels
français parmi les plus importants ne faisaient-ils pas le parallèle entre la
Révolution française – dont le caractère révolutionnaire ne faisait alors pas
se pâmer d’indignation –, et la jeune révolution ?
Le tournant des relations hautement
conflictuelles entre réformistes de marxistes se situe dans les années 30. A
partir de 1931-1932, des discussions se développent entre CGT et CGTU pour la
réunification des deux centrales. Mais c’est Février 1934, avec les
manifestations organisées par les ligues fascistes, qui précipite le mouvement.
En effet, le réalisme politique l’emporte et socialistes et communistes
prennent conscience du risque que fait courir leurs divisions sur l’avenir du
pays. Il faut dire que le mouvement populaire pèse à plein : dans les
manifestations qui suivent les journées de Février 34, cortèges de militants
socialistes et de militants communistes défilent ensemble, prenant les
états-majors de court. C’est à la suite de ces événements
– certains historiens y voient la « main de Moscou » infléchissant la
stratégie « classe contre classe » à cause du danger fasciste ;
les deux interprétations ne sont d’ailleurs pas exclusives l’une de l’autre –
que sont signés en 1935 les accords de Rassemblement populaire entre radicaux, socialistes,
communistes, CGT réunifiée et des dizaines d’associations. Socialistes et
communistes trouvent pour la première fois depuis le congrès de Tours un
terrain d’entente. Ces accords de Rassemblement débouchent bientôt sur des
alliances électorales, et vont permettre à la gauche française d’obtenir la
majorité aux élections législatives de 1936. C’est la période du Front
Populaire. Le Front Populaire
Mais ces réformes connaissent un
coup d’arrêt dès janvier 1937 et le Parti communiste ne peut que se féliciter
de ne pas participer à un gouvernement qui déclare la « pause » des
réformes… Pas plus qu’il ne peut se satisfaire des déclarations de Léon Blum
sur la guerre d’Espagne (« Je n’ai ni preuve ni présomption de preuve
que le pacte de non intervention soit violé », dit-il à propos de
l’aide de l’Italie et de l’Allemagne à Franco) ou de sa politique de « non
intervention ». La marche vers la guerre
Les relations entre socialistes et
communistes se détériorent donc. Lorsque les radicaux rompent officiellement
les accords de Rassemblement populaire, la rupture entre les différentes forces
du Front populaire est consommée depuis des mois. La classe politique
française, au lieu de prendre la mesure du danger représenté par les puissances
fascistes, les minore. Pour les dirigeants radicaux et socialistes comme pour
la droite, Hitler représente un rempart contre l’Union soviétique et le Parti
communiste français un empêcheur de tourner en rond. Il est d’ailleurs la seule
force politique à condamner sans équivoque les Accords de Munich (septembre
1938), quand le reste de la classe politique, toutes tendances confondues, se
félicite d’avoir réussi à « sauver » la paix. Il est vrai que le but
de la manœuvre est de détourner l’agressivité d’Hitler contre l’Union
soviétique. La France et la Grande-Bretagne
entament alors une partie de jeu de dupes. Les deux diplomaties font lanterner
la diplomatie soviétique dans des discussions interminables pour la signature
d’éventuels accords militaires. Furieux de ces manœuvres dilatoires, les
soviétiques signent finalement un accord de non agression avec l’Allemagne
nazie en août 1939, qui restera dans l’histoire sous le nom de Pacte
germano-soviétique. En France, le pacte est accueilli
par la stupéfaction générale. Personne, pas plus chez les communistes que dans
d’autres formations politique, n’aurait pu croire à un accord de ce type. Les
socialistes s’engouffrent dans la brèche pour liquider les communistes. A la
CGT, les dirigeants d’obédience socialiste mènent une véritable guerre
politique, en sommant les militants communistes de condamner le pacte. Ceux qui
s’y refusent sont suspendus de leurs responsabilités syndicales, voire exclus.
Le 26 septembre 1939, la chasse aux sorcières prend un nouveau tour avec
l’interdiction du Parti communiste et des organisations amies. A l’Assemblée nationale, on
imprime le Journal Officiel
de clôture la session parlementaire le jour
même de la clôture. Les députés communistes
perdant leur immunité parlementaire
avec la publication au JO de la clôture de la session
parlementaire, ils sont
arrêtés avant d’avoir pu quitter
l’Assemblée et jetés en prison.
N’échapperont
à la prison que ceux qui ont condamné le pacte. Les
socialistes ne protestent
pas devant cette mesure exceptionnelle… La Deuxième guerre mondiale
Lorsque la guerre éclate en mai
1940, le Parti communiste est interdit depuis plus de six mois, ses élus
emprisonnés, ses dirigeants et ses militants poursuivis. Le 22 juin 1940, le
Parti communiste lance un appel à la résistance (que l’historiographie actuelle
néglige pour présenter un Parti communiste cherchant à faire reparaître L’Humanité
auprès des autorités d’occupation et pour faire débuter l’entrée en
résistance des communistes à l’attaque allemande contre l’URSS en 1941 au
mépris de la réalité historique…). La représentation nationale vote les pleins
pouvoirs à Pétain. Seuls 80 parlementaires s’y opposent, parmi lesquels 35
socialistes. Mais les socialistes sont divisés : 90 d’entre eux (sur les
154 parlementaires socialistes) votent les pleins pouvoirs. Les communistes,
eux, sont déjà dans la clandestinité… et mènent leurs premières actions de
résistance. Une fraction des socialistes
décide d’emblée de collaborer avec le régime de Pétain : ce sera le cas de
Paul Faure, de Brunet, de René Belin, etc. Et ce, sans même prendre en compte
les partisans du socialisme autoritaire (Henri de Man) ou les néo-socialistes
(Marcel Déat), détachés de la SFIO dès les années 30 (comme Doriot l’était du
Parti communiste). Il est certain que l’anticommunisme a joué un rôle
prépondérant dans les choix politiques de ces cadres socialistes et dans leur
ralliement au régime du maréchal Pétain. Certains ont su, en voyant l’évolution
de ce régime, s’en détacher. D’autres au contraire ont poursuivi dans la voie
de la collaboration. On ne peut évidemment pas dresser
un tableau sans nuance de la situation avec d’une part des communistes
résistants, d’autres part, des socialistes collaborateurs. Mais il est certain
qu’à la Libération, le Parti socialiste a eu énormément de mal à recouvrer son
crédit politique, un certain nombre de ses élus ayant
ouvertement collaboré avec l’Allemagne nazie, d’autres ayant passé les années
de guerre à faire le dos rond en attendant la suite des événements. Il y a eu
également des socialistes résistants de la première heure. Mais le véritable
fer de lance de la résistance armée en France a été, même si l’historiographie
actuelle cherche à gommer son rôle, le Parti communiste français. Quand aux
élus communistes, ils ont payé un lourd tribu à cette guerre. C’est ce qui
explique, avec le rôle de l’Union soviétique et de l’Armée rouge, le crédit du
Pcf dans l’immédiat après-guerre. L’après-guerre et les affres de la guerre froide
Dans l’immédiat après-guerre,
l’opposition entre socialistes et communistes ne se calme pas. Si quelques
personnalités socialistes comme Guy Mollet proposent une réunification entre
les deux partis, ils ne trouvent guère d’audience dans leurs rangs. Les
socialistes sortent profondément divisés de la guerre. Ils trouveront leur
salut politique dans la guerre-froide et l’atlantisme. A l’issue de la guerre,
il est difficile aux socialistes d’afficher le même anticommunisme
qu’avant-guerre…Ils le troqueront contre un soutien sans faille aux Etats-Unis
et à une création économico-politique promise à l’avenir que l’on sait, la CECA
(Communauté européenne du charbon et de l’acier, première étape de la
construction européenne). La guerre froide va leur donner l’opportunité de se débarrasser des communistes, au moins comme force de gouvernement. En 1947, le socialiste Ramadier chasse de son gouvernement les ministres communistes. Il prend prétexte du soutien du Parti communiste aux grévistes de Renault qui réclament une réduction du temps de travail – 48 heures hebdomadaires… – et une revalorisation des salaires. Depuis 1944, le Parti communiste s’est en effet engagé dans la bataille de la production pour la reconstruction du pays. Mais en 1947, les Français connaissent des restrictions encore plus graves que durant la guerre et les ouvriers n’en peuvent plus. Faisant le choix des crédits américains contre l’indépendance nationale, les socialistes se coupent donc volontairement de l’appui de la première force politique du pays et engagent la France dans le Plan Marshall. Affrontements autour d’une question centrale : la
décolonisation
La reconstruction du pays n’est
pas la seule pierre d’achoppement entre les deux sensibilités. Un autre terrain
d’affrontement apparaît avec la question de la décolonisation. Que ce soit en
Indochine ou en Algérie, le Parti communiste français soutient le principe
d’indépendance des peuples. C’est d’ailleurs une des
21 conditions édictées en 1920 pour adhérer à la III° Internationale. Chez
les socialistes, il existe une tradition coloniale ancienne qui remonte au 19e
siècle : c’est Jules Ferry qui est à l’origine des plusieurs aventures
coloniales françaises, au prétexte que les peuples « civilisés » se
doivent d’apporter la « civilisation » à travers le monde… Cette tradition influe-t-elle sur
l’appréciation qu’en ont les dirigeants socialistes, ou est-ce une fois de plus
l’anticommunisme qui pèse ? Toujours est-il que le Parti communiste se retrouve
terriblement seul en 1945 lorsqu’il dénonce la guerre coloniale française
contre le peuple indochinois, ou lorsqu’il mène campagne dans les années 50
pour la libération d’Henri Martin, ce militaire français « coupable »
d’avoir développé une propagande d’explication et de dénonciation de la guerre
coloniale menée par la France en Indochine auprès des soldats français. Il est
vrai que ce sera Pierre Mendès-France qui signera des accords de paix avec le
Viêt-minh en 1954 à la suite de la défaite de Dien Bien Phû. L’armée française réussit-t-elle à
s’extraire d’une guerre coloniale – les Français passant le relais aux
Américains – qu’une autre débute en Algérie. Là encore, l’historiographie ne
rend pas grâce au Parti communiste français, seul parti français pourtant à ne
pas se prononcer pour la répression des militants algériens… Car du côté des
socialistes, le choix est clair. Le 12 novembre 1954, François Mitterrand,
ministre de l’Intérieur du gouvernement Mendès-France, déclare : « L’Algérie,
c’est la France. » Et le gouvernement dirigé par Guy Mollet réussit en
1956, avec le vote des parlementaires communistes, à obtenir le vote des pleins
pouvoirs. En coulisse, les socialistes ont demandé leurs votes aux communistes
pour pouvoir trouver une solution à la situation algérienne. Toujours est-il
que les pleins pouvoirs vont permettre aux autorités françaises d’accentuer le
répression en Algérie : déplacements forcés de population, emploi
systématique de la torture contre les militants algériens, politique de la
terreur, tout est bon. On incrimine généralement les communistes, jugés
responsables de ce tournant dans la répression… en oubliant pudiquement que ce
sont les socialistes qui, jusqu’à l’arrivée de De Gaulle en 1958, étaient au
pouvoir et donc menaient la direction des opérations. Quant à la critique de l’action du
Parti communiste français sur la question algérienne, on ne peut que
sourire ! Un seul parti peut-il revendiquer le dixième de l’action du Pcf
pour la paix en Algérie ? Un seul parti peut-il aligner autant de
militants impliqués dans le soutien aux militants algériens ? Un seul
parti autre que le Pcf a-t-il organisé le soutien juridique aux membres du Fln
emprisonnés et jugés par les tribunaux français ? Amnésie collective ou
malhonnêteté, c’est à voir. Les années 70 : programme commun et stratégie
politique
Les années 70 voient en tout cas
un rapprochement entre les deux courants historiques du mouvement ouvrier
français. Cela correspond, pour les socialistes, au travail de recomposition de
leur parti entamé par François Mitterrand (Congrès d’Epinay en juin 1971). Son
l’ambition de pouvoir est évidente, tout comme son anticommunisme et son désir
de supplanter le Pcf. Communistes et socialistes se
rapprochent, avant de signer le fameux « Programme commun de
gouvernement » (juin 1972), un ensemble de mesures élaboré par les deux
partis et qui doivent être appliquées en cas de victoire de leur alliance
électorale. Les élections qui suivent la mort de Pompidou en 1974 ne permettent
pas à Mitterrand d’accéder au pouvoir. Et le Programme commun vole en éclat en
1977. 1981 : le début de la fin Aux élections présidentielles de
1981, le Parti communiste réalise un des plus mauvais score de son histoire
avec 15,5 % des suffrages. Ce résultat s’inscrit dans un effritement de
l’électorat communiste depuis la fin de la guerre, effritement dont le
bénéficiaire semble être à partir des années 70 le Parti socialiste. En 1976 (cantonales)
et en 1977 (municipales), le Parti socialiste passe pour la première fois
devant le Pcf en nombre de voix à des élections. Mais même s’il devance le Pcf,
le Parti socialiste a impérativement besoin d’une alliance avec les communistes
pour faire élire son candidat. Le Parti communiste appelle donc à voter
François Mitterrand au deuxième tour des présidentielles (mai 1981). Au
lendemain de l’élection de Mitterrand, les communistes n’ont pourtant que
quatre postes de ministres dans le gouvernement dirigé par Pierre Mauroy. Et
aux législatives, le Pcf enregistre un net recul en voix et en siège et perd la
moitié de ses députés. Les
premiers mois sont des mois
d’euphorie tant pour les socialistes qui n’étaient
pas retournés aux affaires
depuis 1958 que pour les communistes, qui n’avaient plus
participé à un
gouvernement depuis 1947. Pour les communistes,
l’expérience doit coûte que
coûte être concluante. L’alliance entre socialistes
et communistes ne doit pas
être mise en difficulté. Dans de nombreuses grandes
entreprises, les années qui
suivent sont placées sous le signe de l’attentisme.
Certains militants
communistes n’hésitent pas à peser de tout leur
poids pour bloquer les
mouvements sociaux qui pourraient mettre en difficulté le
nouveau pouvoir. Mais
en 1984, c’est la rupture. Après avoir avalé de
nombreuses couleuvres, les
ministres communistes démissionnent. Il faut dire que les
socialistes dérivent
lentement mais sûrement vers le libéralisme : annonce
de fermetures
d’entreprises, politique
d’austérité, … L’annonce de
l’arrivée de Laurent
Fabius comme Premier ministre a sans doute précipité la
décision du Pcf. Les années qui suivent ne
permettent pas au Parti d’enregistrer de remontée électorale significative.
L’effondrement des pays de l’Est à la fin des années 80 porte en plus un coup
important au Pcf, dont les dirigeants assistent comme tétanisés à ces
bouleversements majeurs. L’absence d’analyse le dispute à la vague
d’autoflagellation qui saisit alors l’appareil dirigeant, vieillissant et sclérosé.
La démission de Georges Marchais du poste de secrétaire général en 1994 et son
remplacement par un inconnu, Robert Hue, aurait pu permettre un renouvellement
de la réflexion et de l’appareil. Mais la « mutation », loin de
modifier les comportements, entraîne le Parti communiste dans une rapide
débâcle. Le Parti socialiste – Mitterrand s’était fait fort, au lendemain de
l’élection présidentielle de 1981, de laminer le Parti communiste – ne peut que
se réjouir de la politique d’autodestruction de son frère ennemi : c’est à
lui que profite le crime… 1997-2002 : la soumission Lorsqu’en 1997, le président
Chirac dissout l’Assemblée, rares sont ceux qui pensent que les socialistes
vont largement l’emporter. Chirac, reprenant l’habitude instaurée par Mitterrand,
la « cohabitation », appelle comme Premier ministre le secrétaire du
Parti socialiste Lionel Jospin. La direction mutante du Parti communiste
applaudit à l’événement. Bien lui en prend : les socialiste lui accordent
deux ministres et un secrétaire d’État, dont deux sont des lots de
consolation : Jeunesse et Sports et Tourisme. Mais ce choix du Parti
socialiste est stratégique : il a besoin des votes des députés communistes
pour avoir la majorité absolue. En 1936, le Comité central du Pcf,
avec 15,2 % des suffrages et un parti en ordre de bataille, n’avait pas
jugé souhaitable de faire partie d’un gouvernement d’union de la gauche. Avec
ses résultats électoraux catastrophiques et un parti en décomposition, le Pcf
de 1997 décide au contraire de… prendre les postes qu’on lui propose et se
lance dans l’aventure de la « gauche plurielle ». Ce qui devait
arriver arriva : durant cinq ans, le Parti communiste a fait preuve d’une
soumission sans limite, avalisant la politique libérale du gouvernement, votant
les lois anti-sociales… au nom de la solidarité gouvernementale, et restant
même au gouvernement alors qu’il participait à une guerre impérialiste contre
la République fédérale de Yougoslavie aux côtés de l’Otan ! La soumission au Parti socialiste
était-elle inévitable ? Elle semblait aller de soi à la majorité des
dirigeants du Pcf, acquis depuis la mutation à un principe de base de
l’idéologie social-démocrate : transformer la société à coup de réformes,
et non plus par un processus révolutionnaire. Mais elle est la preuve d’un
manque de sens politique flagrant : les Verts, également au gouvernement
et plus minoritaires encore que les communistes, ne se sont jamais comportés
comme des supplétifs. Le Parti socialiste les considère comme des partenaires,
alors qu’il traite le Pcf comme une force d’appoint. Enfin, n’en déplaise à la direction actuelle du Parti,
l’effondrement de l’URSS ne signifie pas que les idées qui ont animé et animent
encore une bonne partie des militants communistes français, soient à jeter aux
orties. D’ailleurs de nombreux partis communistes ont refusé le sabordage
idéologique qu’on leur présentait comme inévitable : ils ne s’en portent pas
plus mal, au contraire… Il n’y a donc aucune fatalité à la disparition du Parti
communiste français et à la victoire du Parti socialiste. Un congrès de Tours à
l’envers, dans le cadre d’une « gauche unie » ? C’est ce que
souhaite très certainement l’équipe dirigeante actuelle. Seulement, elle n’ose
pas le dire, de peur de perdre les militants qui restent fermement attachés à
leur Parti et qui se refuseront à rejoindre le Parti socialiste. Caroline Andreani |