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Approches Marxistes
journal théorique de la Gauche communiste Il est publié trois fois par an. Abonnement : 10 € / an. Chaque numéro aborde des sujets théoriques et des thèmes d'actualité. Pour vous abonner : écrivez-nous à l'adresse suivante : gauche.communiste@yahoo.fr Retour à la page d'accueil d'Approches Marxistes Recherche par auteurs Classiques Numéro 1 (début 2004) Spécial congrès Numéro 2 (mi 2004) Sortir de l'Europe de Maastricht Numéro 3 (fin 2004) Où va le PCF ? Numéro 4 (début 2005) L'incontournable marxisme de Marx Numéro 5 (mi 2005) Le stalinisme du PCF Numéro 6 (fin 2005) Quelles sont les conditions du vrai changement ? Numéro 7 (début 2006) Réforme ou révolution ? Numéro 8 (mi 2006) Etat et stratégie Numéro 9 (fin 2006) Le PS, gérant loyal du capitalisme Numéro 10 (début 2007) Les présidentielles et nous Numéro 11 (mi 2007) Pour une V° Internationale Numéro 12 (fin 2007) Le communisme et ses fondements marxistes sont-ils dépassés ? Numéro 13 (début 2008) Et demain pour le PCF ? L'enjeu de 2008 Numéro 14 (mi 2008) Radiographie de l'élection municipale d'Aubervilliers Numéro 15 (fin 2008) Sur le 34e congrès du Pcf... |
ACTUALITE DE LA DICTATURE DU PROLETARIAT Choix de textes théoriques par Pierre Martin L’ANALYSE
SOCIAL-DEMOCRATE
« Aujourd’hui
il en est tout
autrement, du moins dans les pays qui possèdent des
institutions tant soit peu
démocratiques on a nommé ces institutions la
soupape de sûreté de la
société.
Si l’on entend dire par-là que, dans une
démocratie, le prolétariat cesse
d’être révolutionnaire et que, se
contentant d’exprimer ouvertement son indignation
et ses souffrances, il renonce à la révolution
politique et sociale, cette
qualification est fausse. La démocratie ne peut
détruire les antagonismes de
classes de la société capitaliste, ni en ajourner
l’inévitable résultat final
qui est la chute de cette société. Mais ce
qu’elle peut faire c’est empêcher,
sinon la révolution, du moins maintes tentatives de
révolution prématurée et
sans chance de succès ; elle peut dispenser ainsi
de plus d’un soulèvement
révolutionnaire. Elle met en lumière les forces
relatives des partis et des
classes ; elle ne détruit pas leurs antagonismes,
elle n’ajourne pas leurs
antagonismes, elle n’ajourne pas le résultat final
qui en est la conséquence,
mais elle tend aussi à empêcher que les classes
ascendantes n’abordent la solution
de problèmes pour lesquels elles ne sont pas
mûres ; elle tend aussi à
empêcher les classes dirigeantes de refuser des concessions
quand elles n'ont
pas la force de le faire. La direction de l'évolution ne
s’en trouve pas
modifiée, mais sa marche devient plus continue et plus
calme. La poussée du
prolétariat dans les Etats un tant soit peu
démocratiques n'est pas marquée par
des victoires aussi éclatantes que celles de la bourgeoisie
pendant sa période
révolutionnaire, mais pas non plus par de si grandes
défaites. Depuis le réveil
du mouvement ouvrier socialiste moderne qui a eu lieu après
1860, le
prolétariat européen n’a subi
qu’une seule grande défaite la commune de Paris
en 1871. La France se ressentait encore du régime
impérial qui avait refuse au
peuple des institutions vraiment démocratiques ;
Une très petite minorité
du prolétariat avait pris conscience de lui-même
et il avait été acculé à
l’insurrection.
Il
se peut que la tactique de la démocratie
prolétarienne paraisse plus
fastidieuse que celle de la révolution bourgeoise, elle est
à coup sur moins
dramatique moins théâtrale, mais aussi elle exige
beaucoup moins de sacrifices.
Cet avantage laisse peut-être très froids les
intellectuels et les beaux
esprits qui font du socialisme pour se procurer un sport et des sujets
intéressants, mais non ceux qui prennent vraiment part
à la lutte. Cette
méthode dite pacifique de la
lutte des classes, qui se borne à l’emploi des
moyens non militaires, tels que
parlementarisme, grèves, manifestations, journaux et autres
moyens de pression
semblable a d’autant plus de chance
d’être conservée dans un pays que les
institutions démocratiques y sont plus efficaces et que la
population y possède
plus de perspicacité en matière politique et plus
d’empire sur elle-même. » Karl KAUTSKY, Le Chemin du Pouvoir, 1909 (Anthropos, Paris 1969) « L’opposition
de deux
courants socialistes n’est pas fondée sur de
mesquines rivalités de personnes,
mais elle repose sur
l’opposition de
deux méthodes foncièrement
différentes : la
méthode démocratique et la
méthode dictatoriale. Les deux courants veulent la
même chose :
l’émancipation du prolétariat et avec
lui de l’humanité par le socialisme. Mais
la voie choisie par les uns est tenue par les autres pour fausse et ne
pouvant
que mener à la ruine….. Pourquoi donc
la démocratie
devrait-elle être un instrument inadapté pour
déboucher sur le
socialisme ? Ce
dont il s’agit c’est de la prise du pouvoir
politique. On dit qu’il est
vraisemblable que si les sociaux-démocrates obtenaient la
majorité lors d’une
élection parlementaire dans un pays démocratique
où, jusqu’à lors,
c’était un
gouvernement bourgeois qui était au pouvoir, les classes
dominantes
n’hésiteraient pas à recourir
à tous les moyens de répression à leur
disposition pour empêcher l’avènement de
la démocratie. Ce serait là, la raison
pour laquelle le prolétariat ne pourrait pas prendre le
pouvoir politique par
la voie démocratique mais
uniquement
par la révolution. Sans doute
lorsque dans un état
démocratique le prolétariat gagne en puissance,
il faut s’attendre aux
tentatives de la classe dirigeante d’empêcher, par
des moyens répressifs, la
réalisation de la démocratie par la classe
montante. Mais par-là l’inutilité de
la démocratie pour le prolétariat n’est
malgré tout pas prouvée. Si, dans les
conditions décrites, les classes dominantes ont recours
à la violence, c’est
parce qu’elles craignent surtout les conséquences
de la démocratie. Et leur
violence n’aboutirait à rien d’autre
qu’au renversement de la
démocratie.. » Karl KAUTSKY, La dictature du Prolétariat, Vienne, 1918 DANS LES ANNEES 70 Une interview de Georges Marchais Q : Vous avez
passionné le débat
préparatoire en condamnant la dictature du
prolétariat. L’expression sera-t’
elle rayé des statuts ou remplacée au risque de
vous faire apparaître comme un
révisionniste de la doctrine marxiste-léniniste
et de vous faire rappeler à
l’ordre ? R : Comme vous
le savez nous
préparons notre congrès sur la base
d’un document intitulé « Ce que
veulent les communistes pour la France ».
« La dictature du
prolétariat » ne figure pas dans ce
projet de document pour désigner le
pouvoir politique de la France socialiste pour laquelle nous luttons.
Elle n’y
figure pas parce que la «dictature du
prolétariat » ne recouvre pas la
réalité de notre politique et ce que nous
proposons au pays aujourd’hui. Nous sommes en
1976. Nous vivons
et nous luttons dans une France, dans un monde totalement
différents de la
situation d’ il y a un demi, voir un quart de
siècle. Nous en tenons le plus
grand compte. Agir autrement, ce serait remplacer
l’étude précise
et vivante d’une situation réelle
par la citation ou encore l’exemple
érigés en dogme. Le parti communiste
français à été
formé à une autre école. Nous estimons,
comme le dit
clairement notre projet de document, que le pouvoir qui sera
chargé de réaliser
la transformation socialiste de la société sera-
la classe ouvrière y exerçant
son rôle d’avant-garde- représentatif de
l’ensemble des travailleurs manuels et
intellectuels, donc de la grande majorité du peuple dans la
France
d’aujourd’hui. Ce pouvoir réalisera la
démocratisation la plus poussée de toute
la vie économique, sociale et politique du pays en prenant
appui sur la classe
ouvrière et les masses populaires. Enfin à chaque
étape, nous respecterons et
ferons respecter les choix de notre peuple librement
exprimés par le suffrage
universel. Très
brièvement résumé, c’est la
voie démocratique et révolutionnaire que nous
proposons à notre peuple pour aller au socialisme en tenant
compte des
conditions de notre époque, de notre pays, d’un
rapport des forces profondément
modifié en faveur des forces de progrès, de
liberté, de paix. Et bien il est évident
que l’on ne
peut pas appeler de « dictature du
prolétariat », ce que nous
proposons aujourd’hui de
la sorte
aujourd’hui aux travailleurs à notre peuple.
C’est pourquoi elle ne figure pas
dans notre projet de document. Un demi - million de communistes en
discute
démocratiquement déjà depuis plus de
deux mois. Si leurs représentants au
congrès l’approuvent- comme c’est
probable au vu des réunions déjà
tenues dans
les cellules, sections et fédérations –
alors effectivement se pose le problème
de procéder à la modification du
préambule des statuts du parti. Le congrès
aura à décider de la procédure
à adopter. Q
: Oui ou non, M Marchais,
êtes
vous guidé dans vos choix par des considérations
tactiques et par l’attitude
d’autres forces politiques, par exemple par les
progrès du parti
socialiste ? R :
L’idée que la pression d’autres
forces politiques expliquerait que nous proposons une voie
démocratique au
socialisme, sans dictature du prolétariat, est tout
simplement absurde. Je vais
vous dire pourquoi. Tous les autres partis politiques sont ou sont
allés au
gouvernement. Qu’ont-ils fait ? Les partis de droite
surtout avec Giscard
exercent le pouvoir de manière antidémocratique,
autoritaire, au bénéfice d’une
minorité privilégiée. Quand
il
est allé au gouvernement sans nous, le Parti socialiste et
François Mitterrand
a de même servi les intérêts du grand
capital. Et on
voit aujourd’hui dans
certains pays, comme en Allemagne de l’Ouest, les partis
sociaux-démocrates
gouverner en portant de multiples et graves atteintes aux
libertés, en
restreignant la démocratie. En sommes si nous
cédions
à la pression d’autres
forces politiques, nous changerions dans le mauvais sens ;
nous
irions au
gouvernement pour maintenir la domination capitaliste et limiter la
démocratie.
Or c’est le contraire que nous proposons comme je viens de
vous
l’expliquer. Et
nous le faisons pour une raison simple : nous tenons compte
des
changements qui interviennent dans la réalité
nationale
et internationale. En
bref, ces changements positifs permettent d’envisager, pour
aller
au socialisme
des chemins moins durs, d’autres chemins que ceux suivis par
les
peuples qui
ont déjà édifié le
socialisme. C’est
d’autant plus intéressant que cela
répond
aux conditions françaises. Donc, notre attitude
n’est pas
tactique mais de
principe. Nous définissons, en tenant compte de la
situation, le
meilleur
chemin, le plus court pour aller au
socialisme.
Georges
MARCHAIS, « Dix
questions, dix réponses
pour
convaincre », France Inter, 19 janvier 1976 in Etienne BALIBAR, Sur la dictature du prolétariat, Maspéro, 1976 Max ADLER est l’un des théoriciens de l’austro-marxisme et du conseillisme. « Dans
les chapitres
précédents, nous avons cherché
à montrer que ni le refus du parlementarisme, ni
la revendication du programme communiste, ne peuvent fonder une
différence de
principe entre la
social-démocratie de
gauche et le bolchevisme ; que sur deux points, le bolchevisme
ne
représente qu’une tactique résultant de
conditions historiques et sociales
locales et qu’on ne peut la transplanter telle
qu’elle n’importe où, bien que
nous puissions et devions en tirer aussi
beaucoup de leçons de portée
générale. Toutefois il peut sembler
qu’il y
a encore un point sur lequel subsiste une telle divergence de principe
entre la
social-démocratie et le nouveau parti communiste
(bolchevik) : C’est la
position du prolétariat révolutionnaire en face
du pouvoir étatique […] « Les
thèses essentielles de
l’ouvrage de Lénine (L’Etat et
la révolution) sont les suivantes :
Marx et Engels nous avaient appris à considérer
l’Etat comme la domination de
classe de la classe possédante. L’Etat est une
machine d’oppression de la
classe dominante contre la masse des pauvres et des
dépossédés. Ces derniers ne
peuvent se libérer qu’en
s’emparant
eux-mêmes du
pouvoir de l’Etat et
en remettant la propriété des moyens de
production entre les mains de la société,
supprimant ainsi
les classes. Mais comme Marx et Engels impressionnés par
l’expérience de la commune de Paris,
l’ont souligné expressément dans la
préface du
Manifeste Communiste en
1872- pour atteindre ce but, le prolétariat ne peut pas
« prendre
simplement possession de l’appareil d’Etat, tel quel et le faire marcher pour
son propre compte » au contraire il
doit comme Marx l’avait déjà
exposé dans son ouvrage
«le 18 Brumaire »
après la révolution bourgeoisie de 1848,
briser cette machine… ». […]
Nous ne pouvons toujours
pas trouver de différence
fondamentale entre nous et le bolchevisme, qui voudrait avoir
l’exclusivité de
cette doctrine. Si malgré tout, nous ne sommes pas des
bolcheviks, il faut en
chercher la cause justement dans les conséquences que nous
tirons de la
doctrine marxiste de la dictature du prolétariat. […] Le
Manifeste (de Marx
et Engels) caractérise
la promotion de
la classe ouvrière au rôle de classe dirigeante
comme «la conquête de la
démocratie » et que selon la
définition d’Engels l’Etat ancien doit
être
remplacé par «un Etat nouveau
véritablement démocratique». Et, de
même
dans sa critique du projet qui devait devenir le programme
d’Erfurt, contestant
le fait que le parti n’aie pas mis en bonne place la
revendication de la république.
Il écrit : « une chose
absolument certaine, c’est que notre parti et
la classe ouvrière ne peuvent arriver à la
domination que sous la forme de la
République démocratique.
Cette dernière
est même la forme spécifique
de la dictature du prolétariat. Comme la
déjà montré la grande
Révolution française. Cette relation
sans équivoque
entre notion de dictature du prolétariat et
l’idée de la véritable
démocratie
demeure en général à
l’arrière-plan de la propagande communiste. Et
pourtant
elle implique la condition essentielle qui décide des la
possibilité d’une
dictature du prolétariat dans le sens de Marx et
d’Engels. Car le prolétariat
érigé en classe dominante ne peut devenir
réellement un moyen de briser
l’appareil d’oppression de l’Etat que
lorsqu’il est lui-même je ne dis pas de
tous, mais bien des plus importants intérêts
populaires qui se dressent contre
l’oppression d’une résistance qui
englobe les couches économiquement décisives
de l’ensemble du peuple. Les
révolutions précédentes ont
été des mouvements de minorités, la
révolution prolétarienne sera le mouvement
d’une majorité écrasante dans
l’intérêt de cette majorité.
»
(L’auteur
poursuit) :
« Lénine reconnaît
lui-même cette nécessité dans son
concept de «dictature
démocratique ouvrière et
paysanne » il dit d’ailleurs dans
« l’Etat
et la Révolution »
que la dictature «comme organisme
d’oppression n’apparaît pas ici la
minorité de la population comme cela a
été le cas à
l’époque de l’esclavage, de
la féodalité et du salariat, mais la
majorité du peuple ». (La forme russe
de cette
dictature) provient seulement des conditions politiques sous
développées de la
Russie. De là provient également le type
d’organisation révolutionnaire des
bolcheviks avant la prise du pouvoir : Ils avaient
renoncé à la conquête
des masses pour développer une société
secrète d’équipes dirigeantes qui
constituait le moteur du mouvement. Il s’agissait seulement
d’avoir des
chefs révolutionnaires qui étaient là
pour la masse et qui savait ce qu’il fallait faire. De cette
manière cette
dictature n’est pas du tout une dictature du
prolétariat, mais la dictature
d’un petit groupe de dirigeants prolétariens, sans
compter qu’elle peut même
devenir une dictature contre une grande partie du
prolétariat, comme en fournit
à preuve le gouvernement soviétique actuel qui
n’opprime pas seulement la
bourgeoisie mais encore tout le socialisme non bolchevik. » Max ADLER, Démocratie et conseils ouvriers, chapitre 4 « La dictature du prolétariat », Vienne, 1919
En
réalité c’est tout le
contraire ! Les tâches énormes auxquelles
les bolcheviks se sont attaquées
avec courage et résolution requéraient justement
la formation intensive des
masses et l’accumulation des expériences.* L’hypothèse
tacite de la théorie
de la dictature telle que l’entendent Lénine
–Trotski, c’est que la révolution
socialiste serait un phénomène dont le parti
révolutionnaire a en poche la
recette toute prête, qu’il suffirait ensuite de
réaliser avec énergie. Par
malheur - ou par chance c’est selon - il n’en est
pas ainsi. Bien loin d’être
une somme de prescriptions toutes prêtes que l’on
aurait qu’à appliquer, la
réalisation pratique du socialisme en tant que
système juridique, social et
économique, est quelque chose qu’enveloppent
totalement les brumes du futur. Ce
dont nous disposons, qui figure dans notre programme, ce ne sont que
quelques
poteaux qui indiquent en gros dans
quelle direction il faut chercher les mesures à
prendre ; de plus, ces
indications sont surtout de caractère négatif.
C’est ainsi que nous savons à
peu près ce que nous devons éliminer en tout
premier, pour ouvrir la voie de
l’économie socialiste, par contre aucun programme
socialiste ni aucun manuel
socialiste ne nous disent quelle sorte de mille mesures
concrètes, pratiques,
grandes et petites, il faut prendre à chaque pas pour faire
entrer en vigueur
les principes socialistes dans l’économie, le
droit, et l’ensemble des
relations sociales [...] Tout
cela mis à part que reste –il en
réalité ? Lénine et Trotski
ont mis les
Soviets, en tant que seule vraie représentation des masses
laborieuses, à la
place des organismes représentatifs issus des
élections générales. Mais si
l’on
étouffe la vie politique dans tout le pays, il est
forcé que, dans les soviets
aussi celle-ci soit de plus en plus paralysée. Sans
élections générales, sans
liberté de la presse et de réunion totale, sans
libre affrontement d’opinions,
la vie de n’importe quelle institution publique
dépérit, se transforme en
pseudo-vie, dans laquelle le seul élément actif
qui subsiste est la
bureaucratie. La vie publique s’assoupit peu à
peu, quelques douzaines de
dirigeant du parti, d’une énergie sans limites,
dirigent et gouvernent, parmi
eux la direction est assurée en
réalité par une douzaine d’esprits
supérieurs
et une élite des ouvriers est de temps à autre
invitée à se réunir pour
applaudir les discours des chefs et approuver à
l’unanimité les résolutions
qu’on lui soumet : Au fond, c’est donc une
clique qui gouverne… il s’agit
bien d’une dictature, mais ce n’est pas la
dictature du prolétariat, mais celle
d’une poignée d’hommes politiques,
c’est à dire une dictature au sens purement
bourgeois, au sens du pouvoir jacobin
(périodicité des congrès des soviets
reportée de trois à six mois !). L’erreur fondamentale de la théorie de Lénine-Trotski, c’est précisément d’opposer, comme Kautsky, la dictature à la démocratie., « dictature ou démocratie » voilà comment est posée la question par les bolchévicks, aussi bien que par kautsky. Naturellement celui-ci se prononce pour la démocratie, c’est à dire la démocratie bourgeoise, puisque c’est l’alternative qu’il propose à la révolution socialiste. A l’inverse, Lénine-Trotski se prononcent pour la dictature, qu’ils opposent à la démocratie, et ce faisant pour la dictature d’une poignée de personnes c’est à dire pour une dictature bourgeoise […] C’est la tâche historique du prolétariat, quand il accède au pouvoir, que d’instaurer la démocratie socialiste et non pas la démocratie bourgeoise, et non pas de supprimer toute démocratie […]. Parfaitement
dictature ! Mais
cette dictature réside dans la façon
d’appliquer la démocratie, elle ne
consiste pas à la supprimer. Elle se manifeste dans des
attaques énergiques et
résolues des droits acquis et des rapports
économiques de la société
bourgeoise, sans quoi on ne serait réaliser la
transformation socialiste. Mais
il faut que cette dictature soit l’œuvre de la
classe et non d’une minorité qui
dirige au nom de la classe, c’est à dire
qu’elle doit à chaque pas résulter de
la participation active des masses, être directement
influencée par elles, être
soumise au contrôle de la population tout entière,
émaner de la formation
politique croissante des masses populaires. Rosa Luxemburg,
La Révolution Russe, Berlin, nov. 1918, p 81 LES
THESES DE LENINE
« Les
gens de l’espèce petite bourgeoise sont las de la
révolution. Pour eux, mieux
vaut une légalité limitée, une
légalité grisâtre et mesquine, mais
tranquille,
qu’une suite orageuse d’élans
révolutionnaires et de fureurs
contre-révolutionnaires. A l’intérieur
des partis révolutionnaires cette
tendance s’exprime par le désir de transformer le
noyau fondamental du
parti : « le parti doit être une
organisation de masse ». Lénine,
Œuvres complètes
tome XI, L’esprit petit-bourgeois
dans
les milieux révolutionnaires, 1906 « Le
démocratisme chez Kautsky, sert à masquer la
nécessité de la révolution et le
fait que toute révolution dans l’histoire ait
toujours été violente. Il nie
surtout la nature de classe de tout Etat en en faisant un pur
instrument de
gestion dont il suffirait de s’emparer tel quel. » « De
l’Etat », Œuvres
complètes, tome XXIX,
Conférence de
Lénine à l’université
Sverdlov, 11 juillet 1919 « L’Histoire
montre que
l’Etat, appareil coercitif distinct, n’a surgi que
là et au
moment où est apparue la division de la
société en
classes, donc la division en
groupes d’hommes dont les uns peuvent
constamment s’approprier
le travail
d’autrui, là où les uns
exploitent les autres…. L’Etat
avant l’apparition des
classes sociales n’existait pas. Mais à mesure que
se dessine et
s’affirme la division de
la société en classes, avec
la naissance de la société de
classes, on
voit l’Etat apparaître
et se
consolider. L’Etat, c’est une machine
destinée à maintenir la domination
d’une
classe sur une autre. L’Etat est une machine qui permet
à une classe d’en
opprimer une autre, une machine destinée à
maintenir dans la sujétion d’une
classe toutes les
autres classes qui en
dépendent… » Lénine,
« La
révolution prolétarienne et le renégat
Kaustky » « Marx
a malheureusement omis d’indiquer plus en détaille
comment il se représente
cette dictature….. Littéralement,
le mot dictature signifie suppression de la démocratie. Mais
il va de soi que
pris à la lettre, ce mot signifie également
pouvoir personnel d’un seul
individu, qui n’est lié par aucune loi. Pouvoir
personnel, qui diffère du
despotisme en ce qu’il n’est pas compris comme une
institution d’Etat
permanente, mais comme une mesure extrême de transition.
L’expression
« dictature du
prolétariat » par suite dictature non
point d’un seul
individu, mais d’une seule classe, prouve
déjà que Marx ne songeait pas ici à
la dictature au sens littéral du mot. Il parle ici non pas
de la forme de
gouvernement mais de l’état de choses, qui doit
nécessairement se produire
partout où le prolétariat a conquis le pouvoir
politique. Ce qui prouve que
Marx ne pensait pas ici à la forme de gouvernement
c’est qu’il estimait
qu’en Angleterre
et en Amérique la
transition peut se faire pacifiquement, donc par voie
démocratique. » (La dictature du
prolétariat, K.
Kautsky) Kautsky a voulu
aborder la
question par une définition du
« mot » dictature. Fort bien.
C’est
son droit sacré de chacun d’aborder la question
comme il l’entend. Il s’agit
seulement de distinguer la façon sérieuse et
honnête de la façon
déshonnête.
Celui qui abordant ainsi la question voudrait la traiter sérieusement
devrait donner sa propre
définition de ce
« mot ». Dès lors, le
problème serait posé
franchement et clairement. Kautsky n’en fait rien
«littéralement écrit-il le
mot dictature signifie suppression de la
démocratie. » Primo ce
n’est pas une définition.
S’il plaît à Kautsky de se
dérober à la définition de la notion
de dictature,
pourquoi avoir choisi cette manière de traiter la
question ? Secundo,
cela est notoirement faux. Il est naturel qu’un
libéral parle de démocratie en
général. Un marxiste ne manquera jamais de
demander : « Pour quelle
classe ? » Chacun sait par exemple et
l’historien Kautsky le sait
également- que les insurrections, et même les
grandes effervescences des esclaves
de l’antiquité révélaient
aussitôt l’essence de l’Etat antique
à savoir la
dictature des esclavagistes. Cette dictature abolissait - elle. La
démocratie
parmi les propriétaires d’esclaves pour
eux ? Tout le monde sait que non. « Le
marxiste » Kautsky
a énoncé une absurdité monstrueuse et
une contre vérité, parce qu’il a
« oublié » la lutte
des classes. Pour
que l’affirmation libérale et
mensongère de Kautsky devienne marxiste et
conforme à la vérité ! Il faut dire
que la dictature ne signifie pas
nécessairement abolition de la démocratie pour la
classe qui exerce cette
dictature sur les autres classes, mais elle veut dire
nécessairement abolition
(ou limitation essentielle, ce qui est également une des
formes d’abolition) de
la démocratie pour la classe à
l’égard de laquelle ou contre laquelle la
dictature s’exerce.
Pour couvrir sa
trahison, Kautsky
en est réduit littéralement à truquer
à chaque pas ! Et
notez comment, sans le faire exprès, il a laissé
passer le bout
d’oreille ; il écrit
« pacifiquement, donc par la voie
démocratique » ! ! En
définissant la dictature,
Kautsky s’est appliqué de toute son
énergie à cacher au lecteur le trait
dominant de ce concept, savoir : la violence
révolutionnaire. Et
maintenant la vérité s’est fait
jour : il s’agit de l’opposition entre
révolution pacifique et révolution violente. C’est
là que gît le lièvre.
Subterfuges, sophismes falsifications, Kautsky a besoin de tout cela
pour
esquiver la révolution violente, pour voiler son reniement,
son passage du côté
de la bourgeoisie. C’est là que gît le
lièvre. L’ « historien »
Kautsky fausse l’histoire avec tant de cynisme
qu’il oublie l’essentiel :
le capitalisme prémonopoliste, dont
l’apogée se situe
précisément entre 1870 et
1880, se distinguait, en raison de ses caractères
économiques primordiaux qui
furent particulièrement typiques en Angleterre et en
Amérique, par le maximum –
toutes proportions gardées – de pacifisme et de
libéralisme. L’impérialisme,
lui, c’est à dire le capitalisme de monopole, dont
la maturité ne date que du XX°
siècle, se distingue, en raison de ses caractères
économiques primordiaux par
le minimum de pacifisme et de libéralisme.
« Ne pas
remarquer » cela ; quand on examine
jusque’ à
quel point la révolution pacifique ou la
révolution violente est typique ou probable,
c’est tomber au niveau du plus vulgaire laquais de la
bourgeoisie. Deuxième
subterfuge : La Commune de Paris a été
la dictature du prolétariat ;
or elle a été élue au suffrage
universel, c’est à dire sans que la bourgeoisie
ait été privée de ses droits
électoraux, c’est à dire
démocratiquement. Et
Kautsky de triompher … « Pour
Marx (ou d’après Marx) la dictature du
prolétariat était un état de choses
qui découle nécessairement de la
démocratie
pure, le prolétariat formant la
majorité » Cet argument de
Kautsky est
si plaisant que
réellement on éprouve
un véritable embarras de richesses dans le choix des
objections. Tout d’abord,
on sait que la fine fleur, l’état-major, la
crème de la bourgeoisie s’était
enfuie de Paris à Versailles. A Versailles se trouvait le
«socialiste »
Louis Blanc, ce qui dévoile d’ailleurs la
fausseté des affirmations de Kautsky,
selon lesquelles «tous les courants » du
socialisme participaient à la
commune. N’est - il pas ridicule de présenter
comme «démocratie pure »
avec «suffrage universel » la division des
habitants de Paris en deux
camps belligérants, dont l’un
réunissait toute la bourgeoisie militante et
politiquement active ? En
second lieu ; la commune luttait contre Versailles en tant que
gouvernement ouvrier de France contre le gouvernement bourgeois. Que
viennent
faire ici la «démocratie pure »
et le «suffrage universel » puisque
c’était Paris qui décidait du sort de
la France ? Quand Marx estimait que
la Commune avait commis une faute en ne s’emparant pas de la
Banque de France,
qui appartenait au pays tout entier. S’inspirait-il des
principes et de la
pratique de la « démocratie
pure » ? ? En
vérité on voit que Kautsky
écrit dans un pays ou la police interdit aux gens de rire
«en chœur »,
sans quoi le rire l’eût tué. Je
me permettrai, en troisième lieu, de rappeler
respectueusement à M Kautsky qui
connaît par cœur Marx et Engels, le jugement
suivant d’Engels sur la Commune au
point de vue de la « démocratie
pure » : « Ont-ils
jamais
vu une révolution ces messieurs » (les
antiautoritaires) ? » Une
révolution est à coup sûr la chose la
plus autoritaire qui soit, un acte par
lequel une partie de la population impose à
l’autre partie sa volonté à coups
de fusils, de baïonnettes et de canons, moyens autoritaires
s’il en fut. Force
est au parti vainqueur de maintenir sa domination par la crainte que
ses armes
inspirent aux réactionnaires. Est-ce que la Commune de Paris
aurait pu se
maintenir plus d’un jour si elle ne
s’était pas servie de
l’autorité d’un peuple en armes contre
la
bourgeoisie ? Ne pouvons nous pas au contraire la
blâmer de ce qu’elle ait
fait trop peu usage de cette
autorité ? » La
voilà donc la «démocratie
pure » ! De
quel sarcasme Engels n’aurait –il pas
accablé le plat philistin, le
«social-démocrate » (au sens
français des années 40 au sens
européen de
1914-1918) qui se fût avisé de parler en
général de
«démocratie
pure » dans une
société divisée en
classes. »
Trotski, La Révolution
permanente, chapitre III, Trois
éléments de « La dictature
démocratique » :
les classes, les tâches et le mécanisme politique« La
différence entre ma
conception du «permanent » et celle de
Lénine consistait dans l’opposition
entre le mot d’ordre de la «dictature du
prolétariat » qui s’appuie sur
la
paysannerie, et celui de la «dictature
démocratique du prolétariat et de la
paysannerie ». La discussion ne portait pas sur la
possibilité de sauter
par-dessus le stade démocratique bourgeois ou sur la
nécessité de l’union des
ouvriers et des paysans, mais sur le
mécanisme politique de la collaboration du
prolétariat et de la
paysannerie dans la révolution démocratique
[…] Lénine
considéra de manières
diverses la forme politique possible de l’alliance des deux
classes en matière
de parti et
de gouvernement ; il
s’abstint d’engager le bolchevisme par ces
interprétations hypothétiques.
Quelle était la raison de cette prudence ? Elle
venait de ce que cette
formule algébrique contenait un
élément, d’une formidable importance,
mais très
vague quant à son contenu politique : la
paysannerie… » Trotski
affirme : sur cette
question la pensée n’a cessé de
bougée aujourd’hui on veut découper ses
propos
en tranches pour illustrer les positions de Staline. « Lénine
m’a donné raison en
1909 après sa rencontre avec Rosa Luxemburg, ceci contre les
socialistes
polonais. La formule que
les bolcheviks
eux-mêmes se sont donnés se présente
ainsi : Le prolétariat qui conduit
derrière lui la paysannerie. N’est - il pas
très claire que la pensée
qu’expriment toutes ces formules reste toujours la
même ? Qu’elle traduit
précisément «la dictature du
prolétariat et de la paysannerie » que la
formule «le prolétariat s’appuie sur la
paysannerie » reste
complètement dans les cadres de la
même « dictature du prolétariat et de la
paysannerie », Lénine, tome XI,
première partie pp. 219-224 » Bilan et
perspectives (Notre
révolution 1905), p. 250 « La
participation du prolétariat au gouvernement est
objectivement plus probable et
plus admissible au point de vue du principe, à condition
seulement que cette
participation soit dominante et directrice. On peut
évidemment appeler ce
gouvernement la dictature du prolétariat et de la
paysannerie, la dictature du
prolétariat de la paysannerie et de
l’intelligentsia ou finalement le
gouvernement de coalition de la classe ouvrière et de la
petite bourgeoisie.
Mais la question subsiste : à qui appartiendra
l’hégémonie au sein même du
gouvernement et, de cette façon, dans le pays ? Et
lorsque nous parlons
d’un gouvernement ouvrier, nous formulons par le fait
même, que l’hégémonie
appartiendra
à la classe ouvrière. »
B)
En 1905, des désaccords surgissaient entre bolcheviks et
mencheviks, en Russie,
à propos du caractère de la révolution
russe. Les bolcheviks défendaient
l’idée
de l’alliance de la classe ouvrière avec la
paysannerie, l’hégémonie
étant
exercée par le prolétariat. Les bolcheviks
affirmaient qu’il fallait mener les
choses vers la dictature démocratique
révolutionnaire du prolétariat et de la
paysannerie, afin de passer immédiatement de la
révolution démocratique
bourgeoise à la révolution socialiste, en
s’assurant le soutien de la
paysannerie pauvre. Les mencheviks
de Russie repoussaient
l’idée de
l’hégémonie du prolétariat
dans la révolution démocratique
bourgeoise ; à la politique d’alliance de
la classe ouvrière avec la
paysannerie, ils
préférèrent la politique
d’entente avec la bourgeoisie libérale. Quant
à la dictature
démocratique révolutionnaire du
prolétariat et de la
paysannerie, il la proclamèrent un schéma
blanquiste réactionnaire, en
contradiction avec le développement de la
révolution bourgeoise. Quelle fut
devant ces discussions
l’attitude des gauches de la social-démocratie
allemande, Parvus et Rosa
Luxemburg ? Ils dressèrent un schéma
utopique et semi menchevik de
révolution permanente (image déformée
du schéma de la révolution donné par
Marx), entièrement imprégné de
négation menchevik de la politique d’alliance de
la classe ouvrière et de la paysannerie, et ils
l’opposèrent au schéma
bolchevik de la dictature démocratique et
révolutionnaire du prolétariat et de
la paysannerie. Dans la suite, ce schéma semi-menchevik de
la révolution
permanente fut repris par Trotski (en partie par Martov) et
transformé en
instrument de lutte contre le léninisme. C)
Quelle position occupèrent alors les
sociaux-démocrates de gauche en
Occident ? Ils
développèrent une théorie
semi-menchevik de l’impérialisme, ils
rejetèrent le principe de libre
disposition des nations dans sa conception marxiste (jusque y compris
la
séparation et la constitution d’Etats
indépendants). Ils
écartèrent la thèse sur la
sérieuse
importance révolutionnaire du mouvement de
libération des colonies et des pays
opprimés, ils écartèrent la
thèse sur la possibilité d’un front
unique entre la
révolution prolétarienne et le mouvement de
libération nationale. Choix de
textes de Pierre Martin, animateur de Débat Communiste
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