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Jean Jacques Karman
Election présidentielle
Introduction à la discussion
Comité central de la Gauche communiste
27 janvier 2007

A chaque échéance électorale, la Gauche communiste a toujours défendu une position claire et nette. Aujourd’hui, nous devons donc prendre une position sur l’élection présidentielle de 2007.

Au moment du 33e congrès du PCF, nous avons passé un compromis avec le camarade André Gérin pour peser sur les orientations du congrès et avoir des élus de la Gauche communiste au Conseil national du PCF. Cela ne nous a pas empêché de prendre une position propre « Besoin de Révolution », que nous avons élaborée avant le texte « Fiers d’être communistes ».

Nous sommes à un stade du développement du capitalisme où le système impose trois choses :

  • - la mondialisation capitaliste, qui met les travailleurs de la planète en concurrence pour produire au moindre prix et dégager des profits maximum.
  • - une organisation régionale imposée partout dans le monde pour rendre la mondialisation la plus efficace possible.
  • - au plan national, un cadre capitaliste mis en place et défendu par la république bourgeoise.

Au degré où nous sommes de la course au profits, il n’y a plus de marge pour la réforme. Les sociaux-démocrates sont dans l’obligation d’appliquer les politiques du capitalisme, même s’ils sont en désaccord : c’est ce que l’on a vu lors de la participation gouvernementale entre 1997 et 2002.

Pour avancer, il est nécessaire de créer une union populaire. Mais elle ne peut se construire sans un contenu social, économique et politique. Il est donc essentiel d’avoir un programme et de définir les mesures minimales qui permettront d’appliquer une véritable politique démocratique et sociale. Ces mesures sont, à mon avis, au nombre de trois :

  • sortir de l’Union européenne
  • en terminer avec la V° République bourgeoise pour une 1ère République révolutionnaire et démocratique
  • tout faire pour contrarier la mondialisation impérialiste.   

Dans les faits, ces mesures sont applicables. On peut tout à fait sortir de l’Union européenne en abrogeant tous les traités et en rétablissant la souveraineté de l’Etat. Se soustraire à la mondialisation, c’est possible en établissant des relations d’égal à égal avec les autres pays et en imposant un salaire minimum international. La nation reste le cadre privilégié de la lutte des classes : c’est pour cette raison que le capitalisme cherche à la casser et que nous devons, au contraire, la maintenir.

Ces trois grandes propositions doivent s’accompagner de mesures économiques et financières immédiates : le SMIC à 1 500 € nets tout de suite ; 500 euros d’augmentation de tous les minima sociaux et des salaires plafonnés à 5 000 € au maximum afin de réduire l’échelle des salaires ; l’échelle mobile des salaires ; des charges locatives limitées à 15 % des revenus des foyers. Mise en chantier d’un million de logements sociaux. Transports en commun gratuits pour les chômeurs, les scolaires, et pour se rendre au travail.; la nationalisation des banques et des grandes entreprises des secteurs clés de l’économie ; l’imposition des revenus du capital à un taux supérieur à l’imposition des revenus du travail ; etc.

En 2002, la Gauche communiste n’a soutenu aucun candidat. Aujourd’hui, nous devons déterminer notre position. Si l’on fait un bref tour des candidats, que voit-on ?

MG Buffet : dans son programme, elle propose un SMIC à 1 500 € bruts ; la construction de 120 000 logements par an durant 5 ans (pour le Parti socialiste, c’est 600.000 logements en 5 ans…) ; pas de sortie de l’Union européenne ; pas de sortie de l’OTAN immédiate. 

En réalité la direction nationale a décidé depuis très longtemps que MG Buffet serait candidate. Son programme ne propose aucune rupture réelle avec la société capitaliste. Elle laisse en plus planer le doute sur une gestion future avec le Parti socialiste. D’où l’attitude de la LCR qui a exigé dès septembre que le Parti communiste prenne l’engagement de ne pas aller au gouvernement. La position de MG Buffet risque de l’amener à un score autour de 2 à 3 %. 

Se pose évidemment la question du devenir du Parti communiste, car les résultats de l’élection présidentielle et des législatives auront des conséquences pour le parti. Je ne propose pas que la Gauche communiste soutienne MG Buffet mais qu’elle se définisse sur un programme de rupture avec le capitalisme.

Sur la candidature de Besancenot, à beaucoup d’égard, le programme qu’il défend est meilleur. Mais cela ne fait pas le compte notamment sur la question de l’Union européenne.

Concernant José Bové, il a réuni 25 000 signatures de soutien à sa candidature en quelques jours. La réunion de Montreuil a marqué une évolution puisque les collectifs réunis l’ont désigné, malgré le 2e collège qui refusait sa candidature. Là encore, déterminons-nous sur un programme. Celui des antilibéraux est meilleur sur le fond que celui de MG Buffet, mais les lacunes sont nombreuses. D’abord sur les nationalisations, elles seraient limitées aux services publics. Plus grave, dans les propositions sur l’Europe, il y a le souhait d’une augmentation du budget de l’Union et d’une nouvelle constitution ! La question de la défense nationale est posée dans le cadre européen. Quant aux moyens financiers, les antilibéraux misent sur la croissance capitaliste. Enfin, au delà du programme, c’est aussi le personnage de José Bové qui pose problème.

Le grand malheur aujourd’hui, c’est que le Parti communiste a cassé son lien historique et politique avec la classe ouvrière. Les ouvriers étaient représentés par le Parti communiste qui était leur parti. 

Si l’on revient au vote du 29 Mai, on se rend compte que 80 % de la classe ouvrière a voté non. Mais il faut analyser la nature du vote. Il s’est fait sur le vécu du monde ouvrier, qui en marre de l’Europe telle qu’elle se construit. C’est donc dans ce sens qu’il faut poursuivre. Il faut avoir pour objectif de quitter l’Union européenne. Si on ne sort pas de ce carcan, on se trompe. Si on laisse croire que l’on peut changer les choses de l’intérieur, on se trompe. 

Il faut par ailleurs mesurer qu’en l’état, le capitalisme ne cèdera pas de nouvelles « miettes » : il n’y a donc rien à attendre d’une stratégie réformiste.


Je rappelle que quelle que soit la position déterminée aujourd’hui, les camarades restent libres de prendre la position qu’ils souhaitent ainsi que le prévoit notre mode de fonctionnement. »