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Contributions
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Intervention de Patricia Latour
au Conseil national du 15 novembre 2006 Chers camarades, Je vais naturellement m’exprimer en mon nom personnel, mais je sais aussi qu’en disant ce que je compte vous dire, je me fais la porte-parole de nombreux communistes, membres du parti ou non, qui sont inquiets de la tournure que prennent les choses et dont le point de vue ne s’est quasiment pas exprimé dans nos débats. Va-t-on réussir à faire désigner Marie-George Buffet comme candidate des comités ? C’est possible. mais ce serait comme on disait autrefois une victoire à la Pyrrhus. Tenter d’imposer notre candidature à l’ensemble du mouvement, alors que nous ne sommes pas majoritaires dans ce qu’on a pu appeler la « gauche du Non », me semble être une erreur grave de conséquences. Ce serait mauvais pour l’ensemble du mouvement, dont nous allons contribuer à provoquer l’éclatement, et grave pour le parti, car la faute en rejaillira immanquablement sur lui et nous-mêmes ferions naître une nouvelle génération d’anticommunistes à gauche. En nous comportant ainsi, nous montrerions que si nous avons renoncé à la notion de « parti d’avant-garde » (ce que pour ma part je n’ai pas approuvé), nous n’avons dans la pratique pas renoncé à nous comporter comme un « parti guide », qui tente d’imposer coûte que coûte son rôle dirigeant. En fait, agir ainsi, c’est à mon avis passer à côté de l’enjeu véritable de cette élection présidentielle. Nous allons nous retrouver avec un émiettement, à la gauche de la gauche, qui laissera la place libre au parti socialiste. Alors que les partisans du « Oui » à la Constitution européenne ont été désapprouvés par une majorité de Françaises et de Français, si nous laissons faire un tel scénario, ce sont eux qui ramasserait la mise lors de l’élection présidentielle. Pire encore, cet émiettement de la gauche anti-capitaliste, laisserait le champ libre à ce que Le Pen apparaisse dans une partie des milieux populaires, comme la seule alternative réelle au consensus Ump-Ps, autour de l’accompagnement plus ou moins social-libéral de la globalisation capitaliste, politique dont le peuple fait les frais depuis maintenant plusieurs décennies. Ce serait d’autant plus désastreux qu’existe une possibilité réelle qu’il en soit autrement. Le programme adopté par les comités est en effet une bonne base d’accord. Ce n’est pas un programme de gouvernement détaillé, et sur de nombreux points, il dit honnêtement qu’il reste matière à discussion, mais, dans l’état actuel des choses, c’est le programme politique unitaire le plus avancé possible. Je trouve même que sur certains points, il va plus loin que le programme du parti. En tout cas, sur des questions pour moi essentielles, en tant que communiste, je m’y retrouve sans problème : qu’il s’agisse des mesures sociales urgentes, sur le Smic et les revenus, de l’appropriation sociale des moyens de production et des outils financiers essentiels, de l’Europe (avec la remise en cause du rôle de la Bce et du pacte de stabilité), de la politique étrangère de la France (avec le retrait des troupes françaises des champs de bataille de l’Otan), de la lutte contre les discriminations et pour les droits des femmes, ou de la refonte des institutions pour aller vers une véritable république sociale et démocratique (avec la suppression de l’élection du président de la république au suffrage universel, la proportionnelle, le droit de vote des immigrés ou le statut de l’élu…) Dans la mesure où nous nous sommes mis d’accord sur un tel programme, la logique voudrait qu’ensuite, nous nous regroupions autour de celui ou celle qui est susceptible de rassembler le plus largement, susceptible de faire le consensus. En l’état actuel, nous ne pouvons pas y prétendre. Ce n’est pas une déclaration de principe, mais un fait. Je n’ai rien a priori contre le fait que des dirigeants de l’une ou l’autre des formations composant un rassemblement puissent représenter ce rassemblement. Je ne crois pas non plus que nous devions déterminer notre politique selon les sondages (comme nous l’avons trop souvent fait) mais nous ne pouvons pas non plus les ignorer. Nous ne pouvons ignorer non plus ce qu’est devenue l’élection au suffrage universel du président de la République, élection sur-médiatisée qui favorise la mise en avant d’une personnalité. De ce point de vue, la démarche consistant à mettre sur pied un collectif de portes-parole est très juste. Mais reste qu’il faut quand même se mettre d’accord sur le candidat capable de faire le meilleur résultat. De mon point de vue, celui qui est le mieux placé pour rassembler, c’est actuellement José Bové. Certes, il n’est pas communiste. Mais on ne saurait le lui reprocher. Et il faut en tout cas lui reconnaître deux mérites : d’abord, il n’a à aucun moment soutenu la politique sociale-libérale de la gauche plurielle, ce qui est important au sein des comités qui ne veulent plus de ces pratiques politiques, et d’autre part, il a, à plusieurs reprises, montré qu’il ne manquait pas de courage personnel en assumant jusqu’au bout les conséquences de ses actes. Or le courage est aujourd’hui ce dont a le plus besoin la gauche si elle veut renouer avec le peuple. De plus, les interventions qu’il a pu faire dans la dernière période marquent à la fois sa volonté de défendre le programme des comités unitaires et de le faire de manière claire et populaire. En contribuant pleinement à ce qu’émerge une vraie gauche, lors de l’élection présidentielle, nous pourrions créer les conditions d’un rééquilibrage permettant que les relations avec le Parti socialiste se situent sur d’autres bases, et, partant, contribuer à rouvrir une perspective politique dans le pays. Un mot encore pour ceux de mes camarades qui craignent l’effacement du Parti communiste. Tout d’abord, pour dissiper tout malentendu éventuel, je suis clairement pour que nous jouions franchement le jeu de la convergence anticapitaliste, qui est la seule alternative à la vieille pratique de l’union de la gauche. Je suis pour l’union avec toutes les forces anti-capitalistes, (et c’est d’ailleurs dans le meilleur de la tradition des communistes français que de se battre pour l’union) mais je suis contre toute fusion. Chacun doit rester lui-même et le parti a un grand rôle propre à jouer, notamment pour donner à ce mouvement la dimension populaire qui lui fait encore tellement défaut. D’autre part, je ne partage pas l’idée selon laquelle, si nous ne sommes pas présents à l’élection présidentielle, nous n’existons plus. Depuis quand l’existence d’un parti révolutionnaire dépend-elle de sa présence dans une élection aussi personnalisée que celle-ci ? Au contraire, on peut craindre qu’en nous présentant et en faisant, par exemple, 2%, cela ne précipite sérieusement nos difficultés, financières et politiques et ne soit pas forcément de nature à préserver nos autres positions électives. En fait notre existence dépend surtout de notre capacité à reprendre pied dans les entreprises et les quartiers populaires, en redonnant vie à une politique communiste vraiment révolutionnaire, combative et ouverte. Je crois que notre implication dans les comités unitaires, franche, sans arrières-pensées d’aucune sorte et sans mettre notre drapeau dans la poche, est de nature à renforcer le Pcf. |
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