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Questions transversales
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Les biocarburants et leurs facettes
C'est le Sud qui continue de payer l'addition du Nord Nidia Diaz, Granma International juin 2007 UNE fois de plus l'histoire est
témoin : ce sont toujours les mêmes victimes qui paient les pots cassés.
Cette fois, il s'agit de trouver des solutions aux problèmes que pose le modèle
énergétique actuel, mais sans mettre fin au gaspillage colossal des sociétés de
consommation du Nord riche et industrialisé. Au contraire, les alternatives
recherchées doivent pouvoir maintenir et stimuler les addictions. Ces alternatives, tout comme
l'élimination par la force de la culture de la feuille de coca pour éviter que
des citoyens d'autres pays ne la consomment sous forme de drogue, tendent à
asseoir le maintien et le développement du parc automobile des pays riches sur
la faim des pauvres. L'empire actuel et ses complices
(dont certains pays du Sud qui, mus par la folie des grandeurs, changeraient
volontiers de latitude !), réfugiés sous l'ombre protectrice des pays
industrialisés, s'inquiètent : malgré les guerres d'agression livrées
contre des pays producteurs de pétrole dans le seul but de contrôler cette
ressource-clé, il est clair qu'au rythme actuel de consommation, les réserves
d'hydrocarbures ne tarderont pas à s'épuiser. Ils ont un autre sujet de
préoccupation : ils n'apprécient guère de dépendre de certains producteurs
qui ne sont pas disposés à brader leurs ressources naturelles au détriment du
peuple qui en est, en dernière instance, le propriétaire véritable. Ce n'est pas un hasard si
l'administration républicaine de George W. Bush a lancé une campagne en faveur
de ce qu'il appelle l'« indépendance énergétique », qui
impliquerait la production massive d'éthanol, présenté comme un biocarburant
propre, renouvelable et hautement concurrentiel. On va même jusqu'à parler
d'« or vert » ! Ce n'est pas non plus un hasard si
Nicholas Burns, sous-secrétaire d'État des États-Unis, signale que la
production d'éthanol « tendrait à réduire le pouvoir de certains États
dont nous estimons qu'ils exercent une influence négative sur le monde, comme
le Venezuela. » En outre, le changement climatique
s'accélère. Or, le Nord en est fortement responsable puisqu'il ne contrôle pas
les émanations dans l'atmosphère des gaz dits à effets de serre, mais c'est
l'ensemble de la planète qui perdra des espaces naturels vitaux tels que la
forêt amazonienne, le fleuve Yangtsé en Chine, les glaciers de l'Himalaya, les
forêts de mangliers de l'Inde et du Bangladesh, la mer de Behring et celle des
Caraïbes, pour ne mentionner que quelques exemples cités par l'organisation
écologiste WWF. Des études de cette organisation et des Nations unies indiquent
que l'émission de ces gaz et le réchauffement global qui en résulte provoqueront des vagues de chaleur de plus
en plus fréquentes, la montée du niveau de la mer, des dommages sérieux dans
les barrières coralliennes et d'autres catastrophes potentielles comme la perte
de volumes considérables d'eau douce. Les États-Unis, responsables de
25 % de la pollution de la planète, ont à ce jour refusé de signer le
Protocole de Kyoto, qui oblige les États et les gouvernements adhérents à
diminuer les émissions de gaz à effet de serre à un niveau déterminé pour
enrayer le processus de réchauffement global. Ce que Washington et ses
euphoriques complices se gardent bien de dire, c'est que la production à grande
échelle d'éthanol est matériellement impossible à moins de réduire la
production alimentaire et qu'en outre, elle augmenterait drastiquement la
consommation d'eau. Dans un article publié sur
plusieurs sites Internet sous le titre « Mettez du sang dans votre
moteur ! », Dominique Guillet avertit que dans certaines régions
du monde, il faut de 500 à 1 500 litres d'eau pour produire un kilo de
maïs, et 2,37 kg de maïs pour produire un litre d'éthanol aux États-Unis, soit
aussi 1 200 à 3 600 litres d'eau! Ce même article rappelle que le 22
mars dernier, l'Organisation des Nations Unies pour l'agriculture et
l'alimentation (FAO) a lancé un S.O.S. universel pour faire face à la pénurie
d'eau dans le monde, où 1,3 milliard d'êtres humains n'ont pas accès à l'eau
potable et 3 800 enfants meurent chaque jour de maladies associées à cette
carence. À quoi il faut bien ajouter qu'en 2032, 60 % de la population
mondiale vivra dans des régions où la pénurie d'eau se fera gravement sentir,
selon des données fournies dans le cadre d'une conférence organisée par le
Parlement européen où l'on a pu constater que l'eau est devenue une marchandise
lucrative pour les transnationales. On sait déjà, par exemple, que les
politiques de privatisation recommandées par le FMI et la Banque mondiale ont
conduit certains États du Tiers-monde à vendre leurs sources d'eau à des
consortiums qui, aujourd'hui, la leur restituent, mais en bouteille et à un
prix exorbitant. Pour sa part, la Banque mondiale
avertit que la demande mondiale d'eau douce double tous les vingt ans, ce qui
signifie qu'elle augmente deux fois plus vite que la population. Dans ce
contexte planétaire où des menaces de plus en plus objectives et péremptoires
cernent l'avenir de l'humanité, surgit un nouveau programme soutenu par les
transnationales et en particulier les pétrolières, si paradoxal que cela puisse
paraître : il s'agit de transformer des denrées alimentaires en éthanol,
source alternative d'énergie, et pour y parvenir les usines consommeront de
grandes quantités d'hydrocarbures. Quelque chose, donc, comme la
noria de la mort. Comme le dit très bien la chercheuse Silvia Robeiro, « les
biocarburants constituent un projet de recolonisation impériale, une nouvelle
attaque des industries transnationales contre les économies paysannes et la
souveraineté alimentaire ». Et ce n'est pas qu'il faille
s'opposer totalement à la production d'éthanol : le Brésil en fait depuis
plus de trente ans et les États-Unis aussi. Par contre il faut savoir que sa
production massive pour satisfaire partiellement les besoins des États-Unis et
d'autres pays du Nord compromettrait (elle le fait déjà !) la production
alimentaire et provoquerait une concentration fatale de terres entre les mains
des transnationales, avec tout ce que cela implique en termes d'impact
environnemental, social et économique pour le Tiers-monde, car ce sont sans
aucun doute les terres du Tiers-monde qui seraient affectées à ce programme.
Ceci, sans parler de la politique protectionniste de Washington et d'autres
pays, qui imposent des barrières à l'importation d'éthanol. C'est ce que dit l'Institut
international des recherches sur les politiques alimentaires (IFPRI) de
Washington, qui prévoit que si le prix du pétrole continue d'augmenter, ceci
déterminera « une croissance vertigineuse de la production de
biocarburants, auquel cas le prix du maïs augmentera de 20 % d'ici 2010 et
de 41 % d'ici 2020 ». De la même manière et pour le même
motif, les prix de certaines graines oléagineuses, dont le soja, le colza et le
tournesol, augmenteront de 26 à 76 %, et ceux du blé de 10 à 30 %.
Naturellement, les prix des aliments élaborés à partir de ces matières
premières augmenteront eux aussi. Dans les zones les plus pauvres de
l'Afrique subsaharienne, de l'Asie et de l'Amérique latine, où le manioc reste un aliment de base, l'IFPRI prévoit
que son prix aura augmenté de 33 % d'ici 2010 et de 135 % d'ici 2020.
On en déduit que la production d'éthanol à partir du manioc « pourrait
représenter une sérieuse menace pour la sécurité alimentaire des plus pauvres ». Selon la même étude, le contenu
élevé en amidon du manioc en fait une source excellente d'éthanol, mais à
l'heure actuelle, le manioc apporte un tiers de ses besoins en calories à la
population subsaharienne, car il constitue l'aliment de base de plus de 200
millions d'Africains pauvres, celui auquel ils recourent quand ils ne peuvent
pas s'offrir autre chose. Un travail de recherche sur la
sécurité alimentaire du monde mené en 2003 a établi que compte tenu des taux de
croissance économique et démographique, le nombre d'affamés aurait diminué en
2025 de 23 % à l'échelle mondiale, ce qui représente près de 625 millions
de personnes, si la productivité agricole augmentait de sorte que les prix
relatifs des aliments demeurent constants. Ce même travail publié dans la
revue Foreign Affairs signale que si la demande de biocarburants aboutit
à l'augmentation des prix des denrées alimentaires de base, la sécurité alimentaire
d'une bonne partie de la population mondiale volera en éclats : il y aura
16 millions de plus d'affamés chaque fois que les prix de ces denrées augmenteront de 1 %. « S'il en
est ainsi, en 2025 il pourrait y avoir 1,2 milliard de plus de personnes en
butte à la faim, soit le double du chiffre prévu initialement. » Le moment est venu de choisir. Condamnerons-nous à mourir de faim
1,2 milliard de personnes, d'ici à quelques années ? Resterons-nous
impassibles devant la transformation des terres arables de la planète en
sources de carburant alternatif pour les 800 millions de voitures qui circulent
aujourd'hui dans le monde ? Ou saurons-nous éviter ces catastrophes ?
Il est temps de prendre conscience de ces réalités, pour agir. « AVEC la folie des carburants
végétaux, nous assistons à une terrifiante concentration (et peut-être la
dernière) des grands capitaux de l'agroalimentaire, des nécrotechnologies, de
l'agrochimie et des consortiums pétroliers, avec la complicité bienveillante
des États. S'il devient plus rentable de produire des carburants que des
aliments, le grand capital s'orientera vers les carburants végétaux. »
Dominique Guillet « Avec 36 000
personnes qui meurent de faim chaque jour, c'est le règne de la famine qui
s'instaure sur la planète Terre. Si je puis me permettre une comparaison, je
dirais que 36 000 personnes représentent 12 fois le nombre de victimes des
Tours Jumelles de New York, le 11 septembre 2001. » Pierre Rabhi « À quelques dollars près,
la tonne d'huile de soja se vend environ 450 dollars, et la tonne de bio diesel
à base de soja, 650 dollars. Une équation très simple, qui fait que
pratiquement tous les producteurs d'huile de soja de la province argentine de
Santa Fé montent à toute vitesse des usines permettant de transformer l'huile
en bio diesel. Des usines fortement automatisées, selon leurs producteurs, qui
réduisent donc pratiquement la promotion de l'emploi à zéro. » Pablo
Bertinat « Les
gouvernements des
États-Unis ne sont fiables pour aucun type d'association, parce
qu'ils oublient
systématiquement leurs promesses dès qu'ils ont obtenu ce
qu'ils veulent. Dans
les années cinquante, ils ont emporté notre uranium et
notre thorium contre
promesse de compensations spécifiques en technologie
nucléaire, qui ne sont
jamais arrivées ; ils ont promis du pétrole à
la Corée du Nord contre le
démantèlement de son programme nucléaire, mais le
pétrole n'a jamais été envoyé ;
ils continuent de faire la sourde oreille à la décision
de l'OMC de démonter le
système de subventions agricoles. Les États-Unis
dépendent aujourd'hui de
l'énergie importée, et ils veulent notre éthanol,
mais sans annuler les
subventions à leurs producteurs qui facilitent la production
d'éthanol chez
eux. » Professeur Bernardo Kucinski Ce que vous devez savoir POUR verser 25 gallons d'éthanol
pur dans le réservoir d'une voiture de sport, il faut plus de 450 livres de
maïs, soit assez de calories pour alimenter un être humain pendant un an. Avec
la pression qu'exerce la brusque augmentation de la production d'éthanol sur
les approvisionnement mondiaux en denrées alimentaires, les prix des aliments,
de base et manufacturés, augmenteront considérablement dans le monde. Selon la
FAO, la superficie des terres arables par habitant était de 0,32 hectare entre
1961 et 1963, pour une population mondiale de 3,2 milliards de personnes. De
1997 à 1999, elle est passée à 0,21 hectare pour 6 milliards d'habitants. En
2030, elle sera de 0, 16 hectare pour 8,3 milliards d'habitants. source : http://www.granma.cu/frances/2007/abril/juev12/15biocumbust.html |
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