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Le leitmotiv de la
dernière période, c’est de faire voter les électeurs aux
européennes. Nos responsables politiques se rendent compte que
l’abstention pourrait atteindre des records.
Souvenez-vous de la
participation lors du vote sur le Traité constitutionnel européen
en mai 2005 : 69,34 %, à la suite d’une campagne menée
pied à pied contre la classe politique et les médias unis pour le
« Oui ». Là, la participation n’a pas suscité
l’enthousiasme de nos dirigeants… Depuis ce résultat, Nicolas
Sarkozy a mis sur pied le Traité de Lisbonne, copie conforme du TCE,
et l’a fait ratifier par le Parlement. C’était bafouer
ouvertement la volonté populaire des Français (et des
Hollandais)...
Quand en juin 2008, les
Irlandais ont rejeté à 53,4 % le Traité de Lisbonne, les
chefs d’Etats et de gouvernements des 27 ont refusé de reconnaître
que le traité était caduc. Au contraire : ils se sont dépêchés
de poursuivre le processus de ratification par les parlements pour
effacer des esprits le vote irlandais. Ils ont donc violé leurs
propres règles, et exposé au grand jour leur mépris des décisions
populaires en proposant aux Irlandais de revoter !
En hurlant contre
l’abstention, on nous demande aujourd’hui, ni plus ni moins, de
donner notre quitus au viol systématique des décisions populaires
par ceux qui nous gouvernent. Par notre participation, nous devrions
délivrer un certificat de démocratie à ceux qui sont en train de
nous enserrer dans un régime supra-national anti-démocratique, où
les besoins du capital sont les seuls arbitres politiques. Avouez
qu’il faudrait être idiot pour donner ainsi une caution morale à
ceux qui sont en train de confisquer tous les pouvoirs et de
supprimer la souveraineté de notre pays.
Le Parlement européen ne
propose pas les lois mais il les ratifie sur proposition de la
Commission européenne, composée de technocrates. Ce Parlement est à
une large majorité de droite, et les élections à venir ne
devraient pas inverser la tendance. Qui plus est, les députés du
Parti socialiste européen ont voté 80 % des directives
européennes, donc ils votent très largement comme ceux de droite.
Quand on met bout à bout tous ces éléments, on ne voit pas bien ce
qui pourrait nous inciter à aller voter.
Bien entendu, on
préfèrerait que quelques élus du Front de gauche puissent siéger
à Bruxelles pour savoir ce qui se passe à l’UE. Mais quand bien
même, ce ne sont pas deux ou trois députés français, surtout dans
le cadre de la Gauche Unitaire Européenne ou du Parti de la Gauche
Européenne, qui changeront la donne.
L’abstention qui se
dessine n’est pas due au désintérêt des Français pour l’Europe,
ni à un repli, ni même une conséquence de la crise. Cette
abstention a une signification politique : les électeurs ne
veulent pas qu’on les utilise, qu’on se serve de leur
participation comme d’un quitus à la politique qu’ils subissent.
Elle est le symptôme d’un rejet profond des classes populaires
contre la politique de l’Union européenne. Il serait temps que
nous en prenions la mesure. |